Violences faites aux femmes : aller plus loin pour accompagner les équipes officinales
La fiche outil « Accueillir une femme victime de violences à l’officine » a été conçue comme une fiche pratique, permettant aux équipes officinales de repérer une situation de violence, d’évaluer l’urgence et d’orienter rapidement une victime.
Certaines situations nécessitent toutefois des précisions complémentaires. Cet article rassemble des recommandations pratiques, des rappels utiles ainsi que des ressources officielles pour vous accompagner dans votre pratique quotidienne.
1 - Poser les bonnes questions… à toutes les patientes
Lorsqu’une situation de violence est suspectée, il est recommandé d’expliquer que les questions sont posées de manière systématique à toutes les patientes. Cette approche permet de normaliser le dialogue, de limiter le sentiment de stigmatisation et facilite souvent la prise de parole.
Quelques questions simples peuvent être utilisées :
- « Vous sentez-vous en sécurité chez vous ? »
- « Quelqu’un vous fait-il du mal ou vous menace-t-il ? »
- « Souhaitez-vous que nous parlions dans un endroit plus calme ? »
L’essentiel est d’adopter une attitude bienveillante, sans jugement, en laissant à la victime le temps de s’exprimer.
2 - Les attitudes à éviter
Les mots employés peuvent avoir un impact important sur la victime.
Certaines formulations sont à éviter, notamment les questions commençant par « Pourquoi… ? », par exemple : « Pourquoi n’êtes-vous pas partie ? » ou « Pourquoi acceptez-vous ça ? ». Ces questions peuvent renforcer le sentiment de culpabilité déjà ressenti par la victime.
De la même manière, il convient d’éviter :
- de banaliser les faits (« Ce n’est pas si grave… ») ;
- de tenir un discours moralisateur ;
- de porter un jugement sur les décisions prises par la victime.
L’objectif est avant tout d’accueillir la parole, de croire la victime et de l’accompagner vers les ressources adaptées.
3 - Lorsque l'auteur des violences est présent
Il arrive qu’une victime se présente accompagnée de l’auteur des violences. Dans cette situation, elle ne peut généralement pas répondre librement.
Si l’accompagnant ne peut pas être écarté, il est recommandé de ne jamais évoquer directement les violences devant lui.
Une organisation interne peut être anticipée par l’équipe officinale grâce à la mise en place d’un mot-code ou d’une phrase discrète (sur le modèle de « Demandez Angela »). Lorsqu’il est utilisé, un membre de l’équipe peut proposer à la patiente de rejoindre l’espace de confidentialité sous un prétexte neutre (entretien pharmaceutique, vérification d’ordonnance, essai d’un dispositif…), pendant qu’un autre professionnel reste avec l’accompagnant.
Cette organisation permet de préserver la sécurité de la victime tout en facilitant un échange confidentiel.
4 - Le dispositif « Alerte pharmacie »
Si une victime se signale à l’officine et donne son accord, le pharmacien peut appeler directement le 17 afin de déclencher l’intervention des forces de l’ordre depuis la pharmacie.
Ce dispositif évite à la victime d’avoir à effectuer elle-même cette démarche ou à quitter l’officine dans une situation potentiellement dangereuse.
Il est important de rappeler que :
- l’appel au 17 permet une intervention d’urgence ;
- il ne constitue pas un signalement écrit au procureur de la République. Ces deux démarches répondent à des objectifs différents et peuvent être complémentaires selon la situation.
5 - L'attestation professionnelle : une bonne pratique
Aucun texte n’impose au pharmacien de rédiger une attestation.
Toutefois, à la demande de la victime, il peut être utile d’établir une attestation factuelle, datée et signée, reprenant uniquement les éléments objectivement constatés ou rapportés, sans interprétation ni qualification juridique.
Ce document peut notamment être utilisé ultérieurement dans le cadre d’une plainte ou d’une demande d’ordonnance de protection.
6 - Des ressources pour aller plus loin
Plusieurs outils élaborés par les autorités sanitaires et les institutions professionnelles peuvent vous accompagner :
- « Violences au sein du couple – Document d’aide au signalement pour les professionnels de santé » (DGOS) : Élaboré par la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) avec la MIPROF, les ordres des professions de santé et le ministère de la Justice, ce document constitue un guide pratique du signalement. Il présente notamment les conditions prévues par l’article 226-14 du Code pénal, un logigramme d’aide à la décision, des outils d’évaluation du danger et de l’emprise, un modèle de fiche de signalement ainsi que les principales recommandations de bonnes pratiques. 👉 2023_07_18_doc_d_aide_au_signalement_des_ps_vf
- « Intervention auprès d’une victime de violences au sein du couple – Fiche pratique pour les pharmaciens » (MIPROF – CESPHARM – Ordre National des Pharmaciens) : Cette fiche pratique constitue un véritable guide opérationnel pour les pharmaciens. Elle propose un logigramme décisionnel, rappelle la posture professionnelle à adopter, les principaux signes de repérage, les modalités d’orientation des victimes ainsi que les contacts et ressources utiles 👉 violences-conjugales-fiche-pharmacien
- « L’entretien du.de la pharmacien.ne avec une victime de violences au sein du couple » (MIPROF) : Ce livret pédagogique accompagne les professionnels souhaitant approfondir leurs connaissances sur les violences au sein du couple. Il aborde notamment les mécanismes d’emprise, le cycle des violences, les conséquences psychotraumatiques, la posture professionnelle, les modalités de repérage et d’orientation, ainsi que le cadre juridique applicable. 👉 violences-conjugales-livret-pedagogique (1)
- « Modalités de saisine des forces de l’ordre (police ou gendarmerie) par les pharmaciens face à des signalements de violences intrafamiliales » (Ministère de la santé) : Ce document rappelle la conduite à tenir lorsqu’une victime se présente à l’officine, les modalités pratiques de recours aux forces de l’ordre, les alternatives lorsque la victime ne souhaite pas leur intervention immédiate, ainsi que les principales ressources nationales d’accompagnement. 👉 violences-familiales-fiche-reflexe-pharmacien

